Boucle

– Bonsoir

– Bonsoir…

– Allez-y je vous en prie. Asseyez-vous. Et racontez-moi votre vie.

– Ma.. vie?

– Oui la vôtre. Ce que vous faites la journée, le soir, les weekend. Vos passions, vos tourments… Votre vie quoi. Prenez tout le temps qu’il vous faudra. Nous ne sommes pas pressés. Du moins pas moi.

La musique retentit. Sensuel, guitare, voix fatale… Qui vous ferait pendre votre langue jusqu’à terre.

– Ne faites pas attention à la musique. Elle représente simplement votre envie. Allez-y.

– Ma vie… et bien… tous les matins je me lève après m’être étiré. Je fais ça car, on me l’a dit, Clément pour bien commencer la journée prend ton temps pour te lever, étire-toi un moment ça détend les muscles et tu seras en forme après un bon petits déjeuner. Mais ça je le zappe un peu. Je me lave pour me détendre et penser. Je mange vite fait et puis je m’en vais à la gare. À partir de ce moment vous ne verrez que des personnes déconnectées et ne pensant qu’à soit. Ah Paris je l’aime bien mais bon… Comme beaucoup de personnes j’écoute la musique ou je lis. J’écris parfois en regardant les personnes qui m’entourent. Les voyageurs doivent me prendre pour un fou, un obsédé et j’en passe. Mais je ne fais que de contempler et de penser. Simplement.Enfin j’arrive à la gare de l’Est, ah cette gare, je l’aimerai toujours car c’est elle qui m’a emmené en Alsace où j’ai vécu un bel amour.
Puis le métro parisien. Les odeurs. Les personnes désagréables. Puis Strasbourg Saint Denis, les voitures et le boulot. Assis toute la journée. Oui on discute entre collègue. Une journée de travaille comme tout le monde on va dire. Même si ce n’est pas physique. Vous savez… je ne sais même pas pourquoi je perds mon temps à vous raconter tout ça.

– Alors pourquoi avez-vous commencé ?

– Vous me l’avez demandé.

– Vous suivez toujours les ordres sans réfléchir ?

– J’en étais obligé. Si je ne disais rien je vous paierai pour rien. Et je n’aime pas gâcher quelque chose.

– Pourquoi êtes-vous venu si vous ne voulez pas parler alors ?

– J’aimerai retrouver quelque chose. Quelque chose que j’ai perdu pendant ces 5 mois. On me l’a pris je crois.

– Pouvez-vous m’en dire plus ?

– Vous imaginez vous lever chaque jour en pensant à vous rendormir ? Votre rêve étant plus intéressant que votre vie ? L’irréel dominant votre réalité. Et vous par la même occasion. Il n’y a plus de moi. Je regarde les personnes autour de moi. Enfermées dans leur réalité, je vois la beauté de leur sourire, l’amour caressant leur visage. Heureusement qu’il n’y a pas que la violence et la peur. Mais je n’arrive plus à me dire que moi même je pourrai être cette personne que je regarde et elle à ma place. Le vide s’est emparé de moi. Je m’emporte pour pas grand chose.

– Alors vous n’êtes pas vide.

– Je m’énerve oui mais je n’ai plus motivations à quoi que ce soit. Enfin si, mais elle part petit à petit.

– Et qu’est-ce donc ?

– Elle. Je n’en dirai pas plus. Elle sait déjà tout. Enfin bon j’en garde de magnifiques souvenirs.

– Vous n’allez pas me dire que tout ceci est une histoire d’amour qui a juste mal tournée ?

– Non. Loin de là. Et puis cette histoire n’a pas mal tourné. Je ne dirai pas ça. Car au fond je ne pourrai décrire mon bonheur et tout ce qui a construit cette pièce de notre vie.

L’alarme sonne

– Et bien il est temps alors.

Il est temps de te lever. Toi qui lis ceci. Vas-y. Prend ton temps. Contemple les beautés de la vie. Vis la tienne à fond. Tu verras qu’avec le temps tu ne regretteras rien. Malgré tout ce dont il peut se passer.

Car tu resteras debout.